Mon combat

And now what?

Si j’ai été un peu MIA* ces derniers temps, c’est parce que j’ai eu mes résultats de scan. Rassurez-vous, tout va bien : « pas d’évolution par rapport aux images précédentes ». Dans le monde du cancer, ça veut dire que tu peux enfin te détendre l’oignon (comme dit si bien ma copine Fanny, de Entrenoue), ou du moins jusqu’au prochain scan. J’ai également eu ma dernière chimio, mercredi 25. Je voulais donc publier un super billet pour cette occasion mais autant te dire que j’ai du mal à organiser mes idées donc on oubliera pour le post structuré.

C’est compliqué cette maladie vraiment. On est toujours dans la dualité : content puis soudain triste, fatigué puis soudain énergique, bien puis mal, mal puis bien, etc. Alors ma dernière chimio n’a pas fait exception. Rassure-toi, le sentiment prédominant, c’était quand même la joie, joie d’être arrivée jusqu’au bout de mon protocole de soins. Joie tout de suite suivie d’un sentiment de tristesse immense de savoir que beaucoup de mes copines ne connaîtront jamais vraiment la « fin » d’un protocole, si ce n’est pour retomber dans un autre. Tristesse de savoir que certains ont « perdu leur combat ». Agacement quand je lis toujours ces mots : « X a perdu son combat ». En fait, le cancer, c’est pas un combat. Le cancer, c’est subir ce qui t’arrive et t’accrocher comme un fou à la vie. Sourire quand même parce que si tu tires la gueule, ben ça changera rien à ton diagnostic ni à ton pronostic. Alors, non, on ne « perd » pas son combat avec le cancer, finalement. Quand on arrive à sourire malgré la maladie, je trouve, au contraire, qu’on lui met une sacrée vue au cancer. Bon tu vois, je t’avais prévenu(e) que cet article allait pas être organisé. Tu m’excuseras mais j’arrive jamais à structurer mes pensées sur la maladie. J’ai aussi ressenti de l’angoisse, et j’en ressens encore. Angoisse que cette merde revienne. Angoisse de me dire que peut-être cette fois, j’aurai plus assez d’énergie pour l’affronter. Et puis de l’espoir, espoir que finalement : « et pourquoi je m’en sortirais pas ? ». Après tout, y’a pas de raison. Puis je repense à ce fichu pronostic et aux statistiques pourries que j’avais lues au moment de mon diagnostic quand je m’étais renseignée sur la maladie (l’erreur de débutant). 30% de chance. D’être encore en vie en 2021. Et puis la haine. T’as eu mon papa, maladie de merde, mais moi tu m’auras pas. C’est sûr. Plutôt crever (petite note d’humour noir, t’as vu ?). Et finalement, un sentiment immense de gratitude. Gratitude d’être arrivée si loin. Gratitude d’avoir été plus épargnée que d’autres, même si j’y ai laissé ma fertilité, mes muscles, ma vivacité d’esprit, mon énergie et bien plus. Je suis sur cette put*** de ligne d’arrivée. Celle qui m’avait paru tellement lointaine en juin 2016. J’y suis. On l’a fait, les gars. 28 séances de chimiothérapie. 22 mois de traitement. C’était dur mais on y est. Alors le sourire revient, et je me dis que je peux tout affronter. Les bus en retard, les soucis du travail, la pluie quand t’avais prévu un barbecue et toutes ces conneries dont les gens se plaignent à longueur de journée. Et même une rechute, si c’est ce qui doit m’arriver.

En attendant, j’ai décidé de profiter de la vie, du beau temps, des arcs-en-ciel après les orages. Je vais marcher pieds nus dans les près. Mettre mes doigts dans la terre et tant pis pour la manucure. Manger ce qui me plaît quand ça me plaît, et tant pis si je grossis, tant pis si j’ai de la cellulite, tant pis. Bref, j’ai décidé de vivre à en crever.

DSC_0060

Fin des déblatérations de la cancéreuse. Vous pouvez reprendre une activité normale. Merci pour votre soutien et à très vite, pour de nouvelles aventures.

signature

*Missing in action = portée disparue en anglais.

8 réflexions au sujet de “And now what?”

  1. Ma Laura tu m’as foutu les larmes😢 et pourtant je suis une des chanceuses bienheureuses( pour l instant!!)…tes mots sonnent si juste…c tout a fait ça..je me reconnais tellement ds plusieurs de tes ressentis…et oui..on va la bouffer la vie puisqu’à nous elle fait l’honneur de s’accrocher…avec plaisir et en hommage à celles et ceux parties trop tôt ….NAMASTÉ laura…continues de pétiller !!tu fais du bien au monde 💋

    J'aime

  2. très beau texte ma Laura, c’est tellement ca, cette dualité de santé, cette petite skyzophrénie émotionnelle! ton dernier paragraphe m’a émue aux larmes, vivre à en crever, c’est tellement ca!
    je te fais de gros bisous

    Aimé par 1 personne

  3. Ça me parle tellement ce que tu dis
    C est quand même. Faut l avouer le bordel dans notre tete
    Changements d humeur forte faible !
    Je me retrouve dans ce que tu dis
    T as tellement envie d oublier leur pronostic genre non guerisable maladie chronique pour ma part
    F…..le cancer depuis 14 mois plus de traitement après comme toi 20 mois 24 chimios 2 opération.
    On profite de la vie même. Si on en profitais déjà avant

    Après chaque résultats ok de scan champagne et projet !
    Bravo pour cet article

    Aimé par 1 personne

      1. Merci . Et bravo pour ton humour c est un peu dans le même ton que moi.autodérision ça permet de faire un pied de nez à la maladie 😉

        Aimé par 1 personne

      2. C est gentil .oui on n a beau ne pas avoir le même âge ni les mêmes cancers on a la même façon de l aborder d en parler et aussi de donner Espoir aux gens bonne journée et à bientôt

        J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s