Mon combat

Comment allier travail et cancer

Quand je suis tombée malade, j’avais 27 ans. Dans la fleur de l’âge, dynamique, avec un travail prenant dans une entreprise multiculturelle américaine. Le diagnostic est tombé comme un couperet. J’ai dû m’arrêter dans mon élan, pourtant bien lancée. Un arrêt pour ce que je pensais être « un petit mal de ventre ». Je me souviens avoir dit à ma chef : « c’est l’histoire de quelques jours ». Bon, ça a duré deux ans. Prolongement d’arrêt, scanners, IRM, échographies, fast forward : « Mademoiselle, je suis désolée mais vous avez un cancer ». Après les premières pensées fleuries qui ont traversé mon esprit (respectivement : comment c’est possible ? ; j’aurai jamais 30 ans ; je vais mourir d’un put*** de cancer ; no way, je vais lui défoncer sa gueule), je me suis demandée ce qu’il allait advenir de mon travail. J’avais 27 ans et vraiment besoin de subvenir à mes besoins et de remplir mon frigo. Célibataire, seule and all that.

J’ai un cancer : comment ça se passe avec mon travail ?

Travaillant au Luxembourg, je me retrouvée soumise à la législation luxembourgeoise qui est différente de la législation française. Tu as droit à 52 semaines d’arrêt maladie pendant lesquelles tu touches ton salaire plein. Passé ce délai, tu perds ton travail : ton contrat est automatiquement rompu, conformément à la législation en vigueur. « Vous êtes au courant des 52 semaines ? » m’a dit un jour, sur un ton détaché et ennuyé, une femme acariâtre du contrôle de la Sécu. « Les 52 quoi ? »

Bref. Mon premier conseil :

Se renseigner sur la législation en vigueur

Ça m’aurait évité un choc : « Quoi ? Je risque de perdre mon travail ? ». « Oui, mais vous pouvez faire une demande d’incapacité et obtenir une pension d’invalidité ». HEIN ?! En France, la législation est différente. Renseigne-toi sur les points importants, notamment sur le traitement du salaire (et les éventuelles pertes sur salaire), la durée du congé maladie longue durée et toutes ces choses qui ne passent pas forcément par la tête quand on t’annonce ton diagnostic.

Pendant les traitements, tu te retrouves un peu coupée de la vie « normale ». Tu fonctionnes à un rythme différent des autres, tu as l’impression de vivre sur une autre planète, avec un autre fuseau horaire. C’est à ce moment là que tu devras appliquer le deuxième conseil :

Garder le lien avec les collègues

Pour ne pas amplifier ce sentiment d’isolation qui t’habites constamment, tâche de faire l’effort de maintenir le lien avec tes collègues. Pour moi, ça voulait dire organiser un déjeuner pendant mes semaines sans nausées.

– « Alors, c’est quoi les nouvelles ? »

– « On a lancé tel projet »

– « Ah tu sais pas quoi ? Bidule Machin a eu une promotion ! »

Bref, garde un pied dans l’entreprise. Ça te permettra de te sentir moins largué(e) lors de la reprise. On t’aura déjà donné les grandes lignes des changements et ton retour se fera plus facilement. Speaking of, troisième conseil :

Reprendre en douceur

Si possible, à temps partiel car, même si le pire est passé, la fatigue va te coller aux basques encore longtemps. Si tu peux, arrange-toi avec ton entreprise et ton doc pour obtenir un mi-temps thérapeutique (travail à temps partiel, payé à temps plein, la partie non travaillée étant versée par la Sécu). Dans mon cas, avec cette histoire des 52 semaines. Je n’ai pas pu obtenir de mi-temps thérapeutique, j’aurais perdu mon travail. Je me suis organisée avec mon entreprise pour obtenir un avenant à mon contrat et travailler moins d’heures (20 pour commencer, puis 30, puis actuellement 32 et demi par semaine). Il est important de reprendre en douceur pour ne pas s’épuiser et faire un burn-out. Les journées réduites restent l’idéal pour préserver son énergie.

cancer et travail

Malgré la vie qui reprend ses droits, tu auras encore bon nombre de RDV médicaux et peut-être même, comme moi, des chimios qui te permettent de reprendre le travail tout en suivant ton traitement. J’en viens donc au conseil n°4 :

Organiser ses RDV médicaux dans son emploi du temps

Vois avec ton N+1 ou ton représentant RH comment il est possible d’intégrer tes RDV médicaux dans ton emploi du temps. N’oublie pas que ta santé reste la priorité. Si ton N+1 apprécie ton travail, il saura trouver des solutions avec toi pour arriver à un arrangement optimal pour les deux parties. Dès mon retour, j’ai demandé un RDV avec mon N+1 pour parler de mes traitements en parallèle de mon boulot : nous avons accordé ensemble que, dans la mesure du possible, j’essaierais de faire toujours mes chimios le même jour. De cette façon, mon équipe savait qu’elle pouvait compter sur moi tous les jours sauf le mercredi. Nous avons aussi convenu que je travaillerais de la maison les jours de RDV médicaux pour 1. ne pas trop m’épuiser 2. me permettre de ne pas perdre de temps dans les transports 3. optimiser mon travail.

Des RDV, des réunions, ça fait beaucoup à penser. Ce qui te sauvera la vie :

S’équiper d’un agenda pour s’organiser

Je te conseille d’écrire tous tes RDV, tes réunions, tes tâches à faire dans un agenda/organiseur. C’est un outil ultra-utile pour s’organiser. D’ailleurs, je te recommande d’organiser toutes tes tâches par ordre de priorité. A chaque jour suffit sa peine, et tout ne peut pas être fait en un jour. Pour préserver ton énergie, tu tâcheras donc également d’appliquer ce sixième conseil :

Répartir sa tâche de travail sur la semaine

Sans doute le conseil le plus important : plutôt que de tout faire en une fois et de finir sur les rotules, tu tâcheras de répartir ton travail en fonction des priorités. Les tâches les plus urgentes, les tâches qui doivent être faites assez rapidement et celles qui peuvent attendre en dernier. Dès que tu finis une tâche, tu la supprimes de la liste et tu passes à la suivante. Surtout : ne pas essayer de finir la liste en une journée. C’est souvent impossible, qu’on soit malade ou non. La chimio a aussi des effets sur la concentration, c’est à prévoir. Je priorise donc mes tâches et j’ai tendance à m’occuper des plus urgentes le matin, quand mon esprit est frais et reposé. Je garde les plus faciles et les moins fatigantes pour l’après-midi quand la fatigue commence à se faire sentir.

Voilà mes quelques conseils, selon mon expérience. J’arrête ici cet article qui est déjà bien assez long. Si le sujet Travail et cancer t’intéresse, je t’invite à te rendre sur le site Allô Alex qui traite le sujet en détail et propose, en plus des informations utiles, de nombreuses interviews sur son blog : tu y retrouveras d’ailleurs la mienne, que je t’invite à lire juste ici

alloalex
Mon interview pour le site Allô Alex

A très vite, pour de nouvelles aventures !

leslubiesdelaura

 

 

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