Le poids des maux
Mon combat

Du poids des maux

On a beau noyer le poisson : nos émotions finissent toujours par nous rattraper. Une goutte, deux, trois, cinq, cent et le verre est plein. Alors, il déborde et on a l’impression qu’il ne s’arrêtera jamais de couler. Je suis, pour ma part, une grande adepte de la technique « cocotte-minute ». J’emmagasine, je mets de côté, dans un coin, j’oublie ; mais la pression finit toujours pas s’accumuler et j’arrive à un moment où j’ai besoin d’ouvrir la soupape.

Ma soupape à moi, c’est ce blog. J’ai toujours trouvé plus facile d’écrire que de parler. Peut-être parce que dans l’écrit, il y a cette possibilité de revenir en arrière, d’effacer, de corriger, d’employer un mot plutôt qu’un autre. Une sorte de filet de sécurité. Et puis quelque part, quand on partage nos émotions à voix haute, c’est un peu comme si on leur donnait corps. Elles prennent alors un poids plus important. Elles deviennent plus réelles que jamais. Ici, c’est différent. C’est mon espace. Ma zone de confort. Alors j’écris, et j’envoie les mots comme une bouteille à la mer.

Dans ma tête, c’est le bruit envahissant. Les pensées qui s’entrechoquent, sans queue ni tête, un monde chaotique où elles auraient oublié le code de la route. Elles se grillent allègrement la priorité, passent au feu rouge ou s’arrêtent en plein milieu de la voie sans raison. Moi, je suis au milieu, tel un agent de la circulation débordé qui agite, paniqué, ses bâtons lumineux dans le vain espoir d’organiser ce désordre.

Du poids des mots et des attentes de l’entourage

Toute cette agitation s’est rarement manifestée extérieurement. Je l’ai toujours gardée à l’intérieur. D’abord pour protéger mon entourage. On a toujours envie de préserver ceux que l’on aime et c’est bien normal. Dans mon cas, ce sentiment est renforcé par notre histoire. La maladie, on y est passés et te dire qu’on a pas apprécié le voyage, c’est un sacré euphémisme. Alors on sourit et on dit que « tout va bien », même si c’est le gros bordel à l’intérieur.

Souvent, les proches ne sont pas non plus prêts à entendre ce qu’on a à dire. Au fond, on sait bien que ce n’est pas contre nous et qu’ils ont juste besoin de se rassurer pour faire taire leurs propres préoccupations. Alors, dès qu’on essaie d’exprimer un peu ce que l’on ressent, on est reçu à grands renforts de « T’es une guerrière », « Reste positive », « Tu es tellement courageuse » qui, bien qu’ils aient vocation à nous motiver, trouvent parfois une oreille sourde. Mais on sourit, parce qu’on sait bien qu’ils ont besoin de s’en persuader eux-mêmes, qu’ils ne pensent pas à mal et qu’ils essaient, eux-aussi, de s’en sortir. Alors on fait taire la petite voix ; celle qui, timide, s’inquiète ; celle qui, parfois, a envie de pleurer.

Le poids des maux
Leslubiesdelaura© – Le poids des mots

Loin de moi l’idée de faire culpabiliser toutes ces belles personnes qui m’entourent et qui essaient, bon gré mal gré, de m’apporter un soutien dont j’ai, malgré tout, grandement besoin. Les sentiments vis-à-vis de la maladie sont contradictoires. Aussi bien, ce qui est dit le lundi ne sera pas reçu de la même manière le mardi, et il en revient aux proches de savoir sur quel pied danser. Malgré tout, le poids des mots est parfois lourd à porter. On peut se sentir « conditionné » à « rester positif », et vivre les états dépressifs passagers comme un véritable échec. Échec vis-à-vis des proches qui attendent de nous une combativité à toute épreuve. Échec vis-à-vis de nos amis malades qui nous ont quittés (quelle légitimité avons-nous à être dans cet état ?). Échec vis-à-vis de notre propre santé. Ne vais-je pas moi-même attirer la récidive à me mettre dans un tel état ?

De l’importance de faire son deuil et de ressentir les émotions

Je pense que ces différents états (qu’il s’agisse d’euphorie, de dépression, de tristesse, de joie. Ce melting-pot sentimental en quelque sorte) sont nécessaires et témoignent d’un cheminement psychologique normal. Je crois que l’esprit nous impose lui-même ce dont il a besoin. Il ne sert à rien de lutter. Il faut ressentir nos sentiments. J’ai longtemps pensé que les mettre de côté, c’était faire preuve de force. Alors oui, d’une certaine manière, c’est la perception qu’en ont les gens. Maintenant que je le vis, je crois que nos émotions, quelles qu’elles soient, demandent à être ressenties et vécues. Ce ne sont, après tout, que des états passagers. Extérioriser, plutôt que d’ignorer, est alors la voie à suivre quand les émotions non ressenties menacent de nous consumer. La vraie force, n’est-elle pas plutôt de ressentir les émotions négatives pour les exorciser ?

Alors j’ai décidé de laisser libre cours à ma tristesse. De la laisser aller, s’exprimer. Prendre la forme qu’elle souhaite. Qu’elle emmène avec elle ses amies Peur, Colère et Impuissance. Aujourd’hui, je reprends le contrôle, à ma manière. Et quand toute la tristesse se sera évaporée, alors seulement place nette sera faite pour d’autres émotions que j’espère (pas si secrètement) plus agréables.

leslubiesdelaura

10 réflexions au sujet de “Du poids des maux”

  1. bonsoir Laura comme tout çà résonne en moi
    j’ai été 4 mois dans le déni d’être en dépression ! il a fallu que 3 docs me mettent en garde pour que j’accepte pour les raisons que tu as évoqué

    « On peut se sentir « conditionné » à « rester positif », et vivre les états dépressifs passagers comme un véritable échec. Échec vis-à-vis des proches qui attendent de nous une combativité à toute épreuve. Échec vis-à-vis de nos amis malades qui nous ont quittés (quelle légitimité avons-nous à être dans cet état ?). Échec vis-à-vis de notre propre santé. Ne vais-je pas moi-même attirer la récidive à me mettre dans un tel état ? »
    tu as résumé !
    tu as raison il faut laisser tout çà sortir et l’accepter !
    si tu le permets je partage ton texte sur ma page qui parlera à beaucoup et peut être permettra de déculpabiliser
    bonne soirée

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    1. Merci pour ton commentaire. Pas de souci pour partager mon texte (avec un petit lien 😊). J’espère que tu vas mieux. C’est encore une fois les sept étapes du deuil. Tout commence par l’acceptation.

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      1. ok merci oui perso j’ai mis un an pour accepter mes faiblesses physiques et je pense que çà va mettre du temps pour les psychologiques ! quand on dit que « ce qui ne tue pas rend plus fort » pas pour tout !!!! la maladie affaiblit aussi !
        sinon oui je vais mieux! tranquille 2 mois jusqu’aux prochains controles ! bonne soirée

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  2. Merci beaucoup pour ce texte ou je me retrouve.. super bien exprimer je n aurai pas mieux fait. Tout me parle. ce sentiment de protéger les siens etc.. merci d avoir poser ces mots sur nos maux.

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  3. mais tellement, tellement !
    l’ascenseur émotionnel, qui monte et descend au fil des humeurs
    entre les parents inquiets qui appellent tous les jours, me renvoyant à ma condition de malade, les enfants qui se chamaillent et qui oublient que mon seuil de tolérance est au plus bas, les mots parfois durs qui sortent de ma bouche pour extérioriser tout ce que cette merde a généré de frustrations en moi….

    et puis zut, quoi, j’estime que oui, on est malade et on a le droit de se plaindre, même si d’autres sont plus à plaindre !
    merci Laura pour cette justesse des mots / maux 🙂

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